Le maître et l’oiseau

chinese wallpaper 117528 640Une histoire sur Yang Lu-Chan.

Quand le Maître se rendit à la capitale, Pékin, sa renommée était vaste et étendue. Il y avait une arrivée constante d’artistes martiaux qui venaient lui présenter leurs respects. Un jour, alors qu’il méditait, arriva un moine à l’improviste, et le Maître se rendit sur le perron pour l’accueillir. Il remarqua que le moine était bien bâti et qu’il était grand de plus de huit pieds.

 

Le moine le salua et lui fit part de sa grande admiration. Le Maître allait répondre humblement, quand le moine vola sur lui et l’attaqua à coups de poings. Le Maître effaça légèrement sa poitrine et de sa paume droite, tapota le poing du moine. Comme frappé par la foudre, le moine fut jeté derrière un paravent, le corps toujours dans une attitude d’attaque, et les poings brandis. Après un long moment, l’air solennel, il s’excusa : « J’ai été très dur ! » Le Maître l’invita à bavarder un moment, apprit que son nom était Ching-Te, et qu’il était un boxeur de Shaolin. Le moine le pressa d’interminables questions. Il demanda : « Pourquoi ai-je été surpris il y a un moment, et incapable de prouesse ? » Le Maître répondit : « C’est parce que je suis toujours sur mes gardes ». Le moine dit alors : « Comment étiez-vous prêt à réagir si vite ? » Le Maître répondit : « Ceci s’appelle l’énergie qui jaillit comme la flèche ». Le moine ajouta : « J’ai parcouru bien des provinces, mais je n’ai jamais rencontré votre égal, Monsieur. Je vous prie de m’enseigner le secret de la légèreté et de la sensibilité (au sens de promptitude à réagir) du Taï Chi ».
Le Maître ne répondit pas à la dernière question du moine, mais vit un oiseau qui volait à travers les rideaux, et venait en cercle vers lui. Il attrapa vite l’oiseau dans sa main et dit au moine : « L’oiseau est très doux et je vais un peu m’amuser avec lui ». Il le plaqua sur sa paume droite et le frotta gentiment de la gauche. Alors il souleva d’un coup sa main gauche, et le moineau battit des ailes pour s’envoler. Le Maître utilisait la technique : « Cacher soudainement, relever soudainement », et le moineau était incapable de s’envoler. Cela parce que, quelle que soit l’espèce d’oiseau, il lui faut toujours appuyer sur ses pattes pour s’envoler. Et les pattes de l’oiseau, n’ayant pas trouvé d’endroit où exercer une pression, avaient graduellement abandonné. Le Maître recommença à le frotter, puis le relâcha, mais encore une fois, il ne put s’envoler. À la troisième fois, le moine émerveillé s’exclama : « Votre art est miraculeux ! » Le Maître rit, et dit : « Il ne mérite pas d’être appelé miraculeux. Celui qui pratique le Taï Chi un certain temps, son corps devient si léger et sensible que le poids d’une plume le met en mouvement et qu’une mouche ne peut se poser sans que l’effet soit le même. Tout est là ». Le moine s’inclina profondément, resta trois jours encore et s’en alla.
Texte de Yang Chen Fu.