Les dix principes essentiels de la forme Yang (II / II)

Pour utiliser une image suggestive, on pourrait dire que les cinq premiers principes exposés précédemment permettent de bien « construire la maison », c’est-à-dire de mettre en place la structure corporelle juste.

Les cinq principes suivants permettent en quelque sorte de savoir comment «habiter la maison » ainsi bâtie.
Il s’agit de mettre en place, cette fois, l’état d’esprit juste qui permet au pratiquant d’animer correctement cette structure corporelle.

 

Sixième principe : "Utiliser la conscience et non la force physique."

On pourrait se demander s’il n’y a pas contradiction entre « développer » sa puissance et «ne pas exercer de force physique ».
Il faut comprendre qu’en médecine chinoise traditionnelle le corps humain est considéré comme un tout dont chaque élément est relié à l’ensemble par un réseau très dense de méridiens (jingluo) où circule le Qi (force vitale).
Si ces méridiens sont obstrués, c’est-à-dire bloqués par la contraction musculaire et la raideur des articulations, le Qi ne peut plus circuler librement.
Même si la force musculaire développée (li) est grande, les mouvements sont comme entravés et le corps devient lourd et dur.
Au contraire, si le pratiquant se relaxe en réglant correctement son esprit, il permet au Qi de circuler librement dans tout le corps jusqu’à ses extrémités.
Les mouvements deviennent fluides et ce n’est plus une force superficielle qui les anime, mais la véritable énergie interne (neijing).
Les experts disent : « souple en apparence, mais puissant en profondeur ». Ou encore : « les bras comme de l’acier entouré de coton ».

Septième principe : "Coordonner le mouvement entre le haut et le bas."

Conformément à la conception traditionnelle du corps humain perçu comme un tout, l’ensemble de la structure doit bouger en même temps afin d’éviter que les différentes parties du tout soient déconnectées les unes des autres, ce qui conduirait au désordre, au déséquilibre et à l’inefficacité de l’action.
Un dicton d’un traité de Taiji quan dit :
« Enraciné dans les pieds, émis par les jambes, gouverné par la taille et exprimé par les doigts. Il faut une complète intégration dans un Qi unique ».

Huitième principe : "Maintenir l’harmonie entre l’interne et l’externe."

Pratiquer le Taiji quan, c’est maintenir l’accent sur la conscience selon le dicton : « L’esprit commande, le corps est à son service ».
Cela signifie que chaque mouvement est la conséquence d’une intention, et pas un simple geste copié dont le pratiquant prend à peine conscience.

« Ouvrir » (kai), « Fermer » (he), « Solide » (shi), « Vide » (xu) ne concerne pas seulement nos quatre membres, mais aussi notre esprit.
Ainsi on peut harmoniser l’interne (l’esprit) et l’externe (le corps) dans une unité parfaite.

Neuvième principe : "Lier et dérouler le mouvement sans interruption."

Aucun mouvement de la Forme n’est coupé de celui qui le précède ni de celui qui le suit. Il leur est relié par un souffle unique.
Chaque mouvement termine le précédent et engendre le suivant.
Si le pratiquant exprime une force externe et superficielle présentant des arrêts, des départs, des temps de blocage et des interruptions, son mouvement est fait d’instants où une force arrive à sa fin et où une nouvelle force n’est pas encore née.
En revanche, le Taiji quan est l’art d’utiliser l’esprit/intention sans faire appel à la force physique. Du début la fin, tout est relié sans interruption.
Avant même qu'une révolution ne s’achève, aussitôt commence la suivante ; c’est un mouvement circulaire sans fin.

L’énergie interne est « comme les eaux d’un fleuve qui se meuvent continuellement et sans fin ». Ou encore « comme on dévide le fil de soie d’un cocon ».

Dixième principe : "Garder la tranquillité au sein du mouvement."

La lenteur de la pratique permet de se concentrer sur l’essentiel : l’allongement et l’approfondissement de la respiration.
Bien que le corps bouge sans arrêt, l’esprit et la respiration restent parfaitement calmes et équilibrés.
Le souffle peut ainsi être maintenu au dantian.
Aucun essoufflement n’est perceptible et le rythme cardiaque ne s’emballe pas. C’est pourquoi plus l’exécution de l’enchaînement est lente plus les bénéfices sont importants.

Yang Chengfu terminait cet exposé fondamental sur les lois du Taiji quan en rappelant que :

«Les pratiquants de taiji quan doivent acquérir une meilleure compréhension de ces principes par UNE ETUDE ET UNE PRATIQUE ASSIDUES ».

JC B